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Témoignages

© Alexis Curodeau-Codère, 2020

La peur du vide

Le ciel bleu est parsemé de petits nuages. Un vieux chat se repose à l’ombre du long mur de pierre de l’ancien dépôt datant du régime anglais. On entend le bruissement des arbres et au loin celui des voitures sur le pont Jacques-Cartier. Je marche avec Daniel Dupéré, chef des Opérations au Musée Stewart, vers un autre bâtiment de pierre – un puits condamné, quelques fenêtres au sol et une lourde porte de bois.

Ce bâtiment, qui avait auparavant deux étages de plus, servait de dortoir et de réfectoire aux soldats britanniques qui vivaient ici il y a presque deux cents ans. Apparemment, c’est le cinquième endroit le plus hanté au Canada.

Daniel soulève une barre de fer et ouvre la porte. Les vieux gonds grincent tandis que se dévoile un rectangle d’obscurité. Nous pénétrons dans l’ombre et rapidement, je respire une humidité asphyxiante et une forte odeur bestiale. D’un côté et de l’autre, de petites ouvertures mènent à d’autres pièces. Nous sommes ici pour parler de fantômes.

© Alexis Curodeau-Codère, 2020

 

La voix de Daniel résonne soudain sous l’arc de pierre. Il me parle des équipes de chasseurs de fantômes ou des médiums venus passer la nuit ici. Quatre-vingt-quinze pour cent du temps, c’est n’importe quoi. Ils pensent voir un spectre, alors que c’est une poussière. Plein de gens racontent avoir vécu des choses étranges au Musée, des visiteurs ou des employés. Mais c’est autre chose de le vivre soi-même. Ma curiosité est piquée, quand est-il du 5 % restant?

Il me raconte ensuite une série d’anecdotes, des expériences vécues par d’autres. Des portes qui s’ouvrent et se ferment d’elles-mêmes, l’ascenseur qui se déplace sans que personne ne l’actionne et un vieux gardien de nuit qui faisait sa ronde avec un bâton de baseball parce qu’il avait peur. Les histoires des employés glacent le sang. D’autres, en revanche, sont plus amusantes : Une fois, des médiums sont venus où on se trouve et disaient voir des personnes enchaînées… ça n’a aucun rapport, ici c’était le réfectoire des soldats! me raconte-t-il en riant. Et ses expériences personnelles? Daniel devient sérieux et me répond :

J’ai une formation d’historien et d’archéologue. Je n’ai jamais été quelqu’un qui croit à ces affaires-là. Je ne crois pas aux fantômes, mais j’avoue avoir vécu des choses vraiment… troublantes.

On entend un caillou tomber de la voûte. Daniel poursuit : J’y pense et j’y repense et la seule conclusion à laquelle je peux arriver c’est que je n’ai pas d’explication. Je ne vais pas dire que j’ai assisté à des événements surnaturels ou que j’ai vu un fantôme, mais j’ai vécu des choses qui défient ma compréhension du monde.

Daniel hausse les épaules et marche vers la sortie en disant : Ça ne fait que quelques milliers d’années que les civilisations humaines existent. Ce n’est rien, à l’échelle de la vie sur Terre. Il y a tellement de choses qui nous échappent, et encore plus qu’on ne pourra jamais comprendre.

Je m’arrête, lance mon regard à travers la pénombre de la longue pièce. Les poils se dressent doucement sur mes bras. Et si c’était vrai? Un vertige terrifiant monte en moi. Une sensation qui me rappelle la peur que j’avais, enfant, en nageant dans un lac dont je ne touchais pas le fond. Sous mes pieds, j’imaginais des abysses sans fin remplis de monstres.

Devant une expérience qui défie nos intuitions les plus élémentaires, un vide s’installe en nous. Nous comprenons soudain à quel point notre ignorance n’a d’égale que l’insondable immensité de l’univers. Chacun de nos gestes, chacune de nos idées et chacun de nos émois ne représente pas plus à la véritable échelle du monde que le frémissement d’une larve dans un légume putréfié.

Daniel et moi sortons sous le soleil éblouissant d’un beau jour du mois d’août. La chaleur des rayons du soleil atteint ma peau, mais dans ma poitrine, le froid de l’abîme ne me quitte plus.


Alexis Curodeau-Codère, stagiaire de la Factry
Alexis arpente le Musée à la rencontre de celles et ceux qui, chacun à leur manière, l’animent et le façonnent.

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